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2008/03/21

La beauté du laid




" Elle est bien laide. Elle est délicieuse pourtant!"

C. Baudelaire


La banalisation du beau ...
le beau
et laid
laid beau
laid laid beau
beau beau laid


FaBiEnnee BRUGERE. Professeur de Philosophie à
l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3.
Fabienne Brugère
Essai de la banalisation du beau au XVIIIè siècle
Vrin, Paris - 24 février 2006


Pourquoi la philosophie a-t-elle pris sur elle, à un moment donné, de libérer le beau d'idéaux et de règles qui le maintenaient dans une recherche métaphysique ?

Au XVIIIe siècle, dans le registre de l'art, ont lieu de nouvelles expérimentations anthropologiques qui dissolvent les présupposés platoniciens de la beauté absolue. Les phénomènes esthétiques basculent dans une valorisation sans précédent du relatif. D'une part, la beauté est affaire d'expérience perceptive. D'autre part, son contenu dépend de l'époque, des institutions politiques, des coutumes et des modes. Le dispositif théorique qui contribue à ce renversement de perspective peut être nommé en philosophie l'empirisme. À l'intérieur de ce nouveau regard sur la beauté, les positions de philosophes comme Hutcheson, Hume, Smith ou Reid s'avèrent profondément novatrices. Ces pensées, à travers le souci d'une enquête sur la nature humaine, dressent un portrait de l'homme esthétique dans lequel percepts et affects déterminent une appréciation subjective de l'art. La beauté est une modalité essentielle de la tonalité affective de l'homme et indique un nouveau rapport à soi. Elle est aussi un instrument de la distinction sociale car elle participe d'un questionnement sur le progrès de la civilisation, le degré de raffinement, et le développement d'une société marchande qui l'intègre dans le tableau de la prospérité, du luxe et de la puissance.

La référence à la beauté peut alors s'inscrire dans la nouvelle donne individualiste puisqu'elle apparaît comme une stratégie de vie au service des sentiments et de la consolidation d'un ordre social nouveau, déthéologisé.



Karl Rosenkranz
L'esthétique du laid
Circé, Belval (Vosges) - 26 octobre 2004


« Une esthétique du laid? Et pourquoi pas? L'esthétique est aujourd'hui un terme collectif qui recouvre un large groupe de concepts, qui à son tour se divise en trois classes distinctes. La première concerne l'idée du beau, la deuxième le concept de sa production, c'est-à-dire l'art, la troisième le système des arts, la représentation du beau au moyen de l'art dans un medium déterminé. Nous avons l'habitude de regrouper les concepts qui appartiennent à la première de ces classes sous le titre de métaphysique du beau. Mais quand on analyse l'idée du beau, on ne saurait en dissocier l'étude du laid. Le concept du laid, le beau négatif, constitue donc une partie de l'esthétique. Il n'y a pas d'autre science à laquelle on pourrait le rattacher, et par conséquent c'est à juste titre qu'on parle de l'esthétique du laid. Personne ne s'étonne de ce que la biologie traite du concept de maladie, ou l'éthique du concept du mal, les sciences juridiques du concept d'injustice, les sciences religieuses du concept de péché. Parler de théorie du laid, ce serait exprimer avec moins de précision la généalogie scientifique de ce concept. Du reste j'aurai à justifier ce terme en exposant cette généalogie...»

Traduit de l'allemand par Sibylle Muller et préfacé par Gérard Raulet. Karl Rosenkranz (1805-1879)voulait combler une lacune dans l'esthétique du XIXème siècle en voulant donner droit de cité au laid. Il en résulte une oeuvre architecturalement parfaite et intellectuellement limpide.











vendredi 21 mars
19h30 > 19h59

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par Raphaël Enthov